la mort l’aime

  recommencer à zéro c’est toujours revenir à soi. la tombe du si peu d’amour ouvre les bras à dieu – ce qui reste quand il ne reste rien…
  cet éclat-là, ce noir absolu dont l’éclair déchire notre perplexité
  plus incroyable encore que de mourir: avoir été, être apparu mirage carné
  j’en crains l’inconséquence…

  neige après neige, terrain conquis…
  frappée au front l’étoile du néant, je traverse le temps
  le retraverse en sens inverse sans n’avoir cependant fait un seul pas
  il n’y a plus d’être en nous que l’amour qui s’effondre

  silence on s’émerveille, de ces seins nus sous les pulls rêches
  quant à celui qui toujours nu, qu’aucune maille ne raccorde
  j’aspire à autre chose qu’au moi raide, tombe immonde et blasphème contraire
  nulle clarté ne vient inonder mon village

  seul un décor s’écroule en moi, zone franche d’un universel en totale déroute
  je pêche avec ma canne. et quand ma canne se rompt ou se noie dans le courant je pêche alors sans canne
  je grave mon testament dans la neige simulacre – rien, je ne posséderai jamais rien

  lève la tête pigeon mort. sur les toits le ciel s’ennuie, la vie me pèse. il n’y a d’autre veuf que le mort-même
  et la mort m’aime.
  je ne me parle plus. c’est quelque chose de plus profond que moi qui parle et qui dit moi, qui dit quoi – qui dit que la mort l’aime…

la mort l'aime

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