des fois j’oublie que certains hommes sont des femmes, je ne le fais pas exprès. des fois aussi j’oublie que certains arbres sont des ours, et que les ours n’existent pas. dans les calins d’enfant, à la rigueur. à la rigueur les enfants sont les êtres les plus malheureux au monde mais ne le sachant pas, pour accoucher d’une ombre qui, détroussée du malheur, n’en sera que le savoir – ou le souvenir pieux, sagement horrifié
tu pleures après quelque chose mais tu ne sais pas quoi, tant la cause d’une chose n’en est que le prétexte, et la douleur vaut plus que la raison de la douleur. tel un cheval sans tête lancé au grand galop. qui voudrait de la tête tranchée d’un cheval dans son lit, et de plus vous fixant?
je m’arrête là. je reprendrai le train demain, ou le car. tout dépend des distances or la distance est infinie, autrement dit infranchissable, et l’on n’y rebrousse pas chemin. je massacre mon nom au marteau-piqueur, et ce dans l’assourdissant silence de la mémoire. la mémoire en noir et blanc. même pas: la mémoire monochrome. toute de boue séchée, d’alarme veuve. je crie tout en ne supportant aucun écho, à ce cri
la dernière fois j’étais hier. et je ne suis présent qu’en tant que je me souviens de moi, c’est à dire que je me reconnais. je me suis déjà vu. j’ai déjà reniflé cette odeur. déjà craché à cette face. déjà sombré à l’hécatombe. heureux – nous avons pourtant tous été heureux, au moins une fois. une fois ou deux, qu’importe. qu’importe en effet, à ce stade…

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