juré craché

  je me couche, mentalement parlant.
  un genre de soleil alors
  peut-être se dressera en moi nœud de ronces
  ou une bouche étroite en laquelle le vent
  aura déchaussé toute dent…

  je ne me réveille pas
  plus tard qu’hier.
  le sommeil me gagne
  du terrain.
  je reviendrai par ci
  ou par là.

  je t’embrasse sur la bouche, dommage
  que tu n’aies pas de bouche.
  je te pisse dans le trou, dommage
  que tu n’aies pas de trou non plus.
  tu prends ton panier, ton joli petit panier – dommage
  que je t’accompagne pas

  où est le plus pauvre, le plus pauvre
  que l’on partage d’un trait.
  les pépins sont à moi, la pomme tu la prends
  – et les épluchures, qu’allons donc nous faire
  des épluchures?

  j’ai mis les pieds à geler, mon cœur s’est endurci.
  deux convulsions à la minute, de quoi le temps
  nous expulse t-il? comme si nous étions irredressables
  de méchants enfants

  combien de fois ai-je dit adieu, combien d’adieux
  m’ont-ils laissé là vide et essoufflé, sur le trottoir glissant?
  je ne sais plus de quoi je suis la forme, de quelle cale
  je touche le fond

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