l’arbre au milieu de la cour

  ne sachant où il va, l’aveugle sait d’autant plus clairement qu’il va. il est comme qui dirait l’ombre du chemin
  la canne ouverte, le ventre vide

  partage avec moi la chaleur inhérente, subhumaine, le gant sur les yeux parce que ça pique. on s’est toujours efforcé de se soustraire au réel, au sentiment pâteux ou visqueux, plâtreux ou boueux du réel. on traînait une laisse au bout de laquelle
  manquait son chien…

  toute la nuit j’écris des mots, des mots sur le plafond. ce sont mes amis morts – des trous dans le silence, dans le béton crispé
  des anus en plein vide…

  quarante fois tu digères un bonbon. ou donc as-tu encore dégoté ce bonbon. ça te fait les doigts tout collants, tu ne peux rien toucher sans y coller. mais tu y touches quand même. faudra tenir comme ça jusqu’à la toussaint
  après c’est bon, on lâche tout

  on lâche d’un geste. je n’ai pas apprivoisé chaque mimique, régulé chaque émotion. je n’ai pas pris toute la mesure, par quel bout ai-je commencé
  ni de rien suis-je la fin…

  un abruti me lira le destin dans les plis de ma main braille… jusqu’ici je n’ai pas eu à attendre – le temps s’évacuait sereinement de moi, en chiasse refroidie
  faut dire qu’il faisait froid

l'arbre au milieu de la cour

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