j’ai tellement été conditionné à survivre, rien d’autre que survivre, qu’il m’est devenu quasiment impossible de dissocier l’existence du but, et donc d’en attribuer un à celle-là. et tandis que l’avenir se disloque ou rétrécit, l’existence ne peut plus prétendre s’imposer comme but exclusif. le but se perd et l’idée d’exister, manquant de soutien, finit par s’épuiser
je ne crois pas en leurs histoires. la seule histoire à laquelle je prête foi n’a ni début ni fin, à moins qu’elle ne soit définitivement close. la seule histoire à laquelle je puisse souscrire n’a pas de sens. elle ne subsiste qu’en moi, vibrant de toutes ses formes à chaque point de suspension – docte somnambulisme…
je n’y suis pas, ou si peu. j’entre dans la maison et la maison est vide, les trous béants laissés sans fenêtres ni portes. je ne veux vivre dans la mémoire de personne – que dieu-même m’oublie: je ne prends conscience de moi que tombant dans l’oubli divin. je respire cet air frais, cet air enfin. le néant est
irréprochable
long le deuil, subite la mort y mettant fin. si je te frotte les couilles sur le visage ou si je te lèche la bouche, que me répondras-tu – de quel droit
existeras-tu? quelle pitié s’empare de nous main dans la main, quelle pitié quand trouvant le vide sous nos pas nous nous lâchons d’instinct la main
perdus, nous sommes perdus
la petite taupe m’a dit, regarde-moi bien dans les yeux: ne me dis pas qui est la plus belle, je me fiche de la plus belle, le monde est trop petit pour un tel sexe
que faire avec ses pouces? que faire pour oublier que faire pour subsister, si ce n’est passer outre, là que l’ailleurs n’exile pas…
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