parler à jeun

  mémoires cadenassées, petit vent de fortune – on ne va plus aux enterrements. on ramasse les lettres tombées des vieux adages, sans même prendre la peine de les remettre en
  un ordre quelconque

  ma tristesse ne décolle pas d’un très pur et dur azur – je sais plus de quel côté je navigue, de quel côté je coule je te tire par la manche, chemise blanche ou mer du nord je radote. je pense n’avoir jamais
  joui de ma vie

  ne plus avoir à se justifier soulage un mât couché, un ciel rampant. j’avais une langue une langue fourchût; j’appelle un bruit un bruit quoiqu’il ne porte plus. on prétend qu’un mort mort n’émet plus de reflet
  un reflet ça quand même…

  par la salle aux mille souffles et par les tout-petits bruits. les amours tuées dans l’œuf survivent à la débâcle, surfaces glissant limpides sur le crâne des monstres. pisse-moi dessus je n’ai plus peur. je n’ai plus peur tu sais depuis que rien ne
  me protège de rien

  ne réponds pas. surtout ne réponds rien. les réponses crèvent la lune, celle qui meugle quand on sait plus vers où se tourner, de quel bois se chauffer. les chiens galeux ont envahi la place; ne reste plus qu’à mourir, se laisser sombrer c’est ça – pleurer contre
  son sein moite

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