conserver intact le baiser moite

  il y avait là quelque chose de gris, d’intentionnellement gris
  confidence impersonnelle, anonyme émotionnel – l’ombilic des humbles en quelque sorte… c’est le linge
  qu’on étend sous la bruine. la mort mourra sans moi, je te rejoindrai là
  où tu ne viendras pas, éminemment fidèle à ce
  qui n’existe pas. plus. pas ou plus, je ne sais plus

  selon la
  confusion des genres en vigueur, je dis toi par exemple. tu me toises et disant ça, est-ce bien moi, ça,
  os brisé au centre de
  tout ce chagrin? il faut que j’en parle à ma sœur. au bistrot l’expresso
  reste bloqué à un euro dix

  à quelle distance me trouvé-je
  encore de moi-même, de ma mort, et l’osselet de la main?
  le chat n’est pas revenu, et je ne suis revenu
  à rien. faisons le tour de rien. il meugle à présent: c’est un espace tranquille,
  un vaste dévoyage…

  quelques vagues souvenirs flottent, à moitié putréfiés. j’allonge le pas
  j’allonge le pas or le sol refuse de glisser sous, se laisser enjamber. j’accoste
  j’ignore encore où, quoi qu’il en soit j’accoste – je sais bien que c’est inaudible, mais supposons que ce soit près de chez toi, au cas où tu n’y
  habiterais plus, soustraite par contumace au plus pur et malencontreux des
  hasards

  trois jours de suite je me suis endormi
  sur le même bras plié, replié, le même obscur déplié
  je n’avais pas l’âge de soi, pas l’âge en tout cas, non vraiment je ne me souviens pas:
  ou le mal s’est rétracté, ou l’enfant
  n’était pas né…

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