persévérer dans l’néant

  l’avilissement
  ne se fait pas seulement
  par derrière. j’ai perdu mes lunettes, je ne vois rien
  sans lunettes, qui ramassera et me rendra
  mes lunettes?

  franchement tu me fais honte, un tout petit
  peu honte.
  on survit avec ça, on range ses affaires dans un coin, en attendant que quelqu’un
  vienne 
  nous chercher

  on dit ça va, oh oui ça va on dit… sale temps hein, ouais foutu temps on dit ça va, ouais ça va
  sale temps de merde
  lux fiat mon cul

  elle prêche la bonne parole
  à qui veut l’entendre mais personne
  veut l’entendre – elle ferait mieux
  fermer sa gueule, faire un tour
  par la grande ourse, s’mâcher la vulve

  la lumière éternelle, je la trouve très jolie
  mais cela est réservé à la mort, millésime mords-moi l’nord
  le reste du temps j’en profite pour
  persévérer dans l’néant

  je voudrais dire l’amour
  extrême, absolu, inconditionnel
  mais je dois changer le disque, changer le disque
  mettre la face B, la face
  qui dérape

  on ne s’amène plus nulle part on ne sait même plus
  comment on s’appelle, comment se roule
  une pelle, une clope, un bonheur mal appris – on n’ose plus le vice, le ressuscité refusant obstinément
  de sortir du caveau

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