le même en rouge

  on dit pas hein on dit quoi, comment, putain
  on dit t’as pas vu mon esprit quelque part, petit joujou en forme de rien, phallus dégonflé
  phallus au stade anal mais non mais certes, et que nenni 
  j’ai rien vu t’as vu quoi – mais non mais rien, on dit pas hein
  et pourtant j’étais là, tout le temps j’étais là, fabriquant des abysses à faux-col avec des bouts d’papier

  là, juste derrière chez moi, un homme s’est tué l’esprit tranquille
  foudroyant sa tête de nulle-part-où-aller et la cédant au fleuve, où elle dérive encore
  elle s’appelait pas ophélie sa tête, ni justine ni élodie – c’était la tête d’un homme seul, d’un homme
  à l’esprit tranquille malgré tout, et toujours prêt, si le cas s’était jamais présenté,
  à vous rendre service

  fondamentalement, je n’accorde guère d’importance
  question de poids, plus on en donne aux choses, plus on s’embourbe, et on s’enfonce
  un retour en enfance ne nous ferait pas plus de bien: d’abord l’amour ça pue du slip et lorsque l’on prend un peu d’altitude, comme ça, survolant les lieux-dits,
  s’apercevant qu’à l’appel de l’infini infiniment répondait l’infini et basta,
  égrenant les leçons de jouir apprises par chœur lors de vies
  tristement antérieures

  sans préalable me suis-je lavé les pieds
  ils étaient sales et tout fripés – il aurait fallu les frotter d’un onguent de lavande mais bon, j’en avais pas, et d’aucune n’aurait voulu se mêler de cela
  sans préalable ai-je vécu, et je vivrais encore si seulement j’étais pas mort – pas mort comme un mort non, qu’on enterre ou qu’on brûle, mais comme un condamné à mort à perpétuité, même une fois qu’il est mort et c’est pas ma faute vraiment, c’est vraiment pas ma faute si c’est pas ma faute
  et si seulement j’étais vivant seulement, vivant et pas autre chose

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