il y a dans la mer ce goût bizarre qui n’est pas celui du sel – plutôt un genre de moisissure douceâtre, de saumure nauséeuse
tu me prends la main dans ton sommeil. je retourne la boussole. pourquoi faut-il toujours trouver une justification à vivre?
je te peigne les poils pubiens dans le sens d’un fœtus de paille. tu me laisses faire, et tu te laisses faire aussi, prise au piège d’un abus de confiance
ce qui me plaît dans cette maison c’est surtout son vide – un vide qui ne se comble pas, un espace irrémédiablement vacant
tu me suces la lumière, juste comme un enfant son pouce. tu t’endors inondée d’un bonheur léthargique. on finit par accoucher de soi et ça nous vide de soi
je croise le même regard absent. je longe la même paroi débile. j’autopsie le même sein malade. comment me feras-tu donc croire que je suis vivant?
ce n’est pas de l’angoisse, c’est pire: c’est le manque d’angoisse. c’est le manque tout court. pas le manque de ci ou de ça, pas le manque de rien – juste le manque, tout court. le manque irrépressible, le manque inépuisable, le manque inconsolable
les jours pairs, je saute par dessus les jours impairs

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