où personne n’est chez soi

  tu crois que tu en as marre mais en fait tu n’en as pas
  marre.
  tu crois que tu iras jusqu’au bout mais en fait tu n’as pas entamé ne serait-ce que la symbolique ligne
  du départ.
  tu crois que tu t’appelles régression mais en fait tu ne t’appelles pas: tout au fond de toi te contentes-tu de
  répondre absent.

  je ne suis plus là. ou presque plus
  je voulais te dire quelque chose mais il n’y a que du vide dans la bouche
  que du vide au tympan claquant – le cœur bâille à présent
  je ne suis plus là. tu ne m’y trouveras pas, je ne t’y trouverai pas
  je squatte toute l’absence
  j’ouvre grandes les fenêtres de l’absence
  c’est la mort sans la mort

  je suis un homme au hasard, étant entendu qu’ « être », « homme », ou « hasard » nous font des concepts joliment surannés, des syndromes prolétaires
  j’avale un truc. on est en nous, en soi en nous. à tort ou à raison je ne magnifie pas le
  réel

  oser nous mènerait très loin, plus loin encore – nous n’en survivrions pas
  ne reste d’héroïque (individuellement, collectivement, métaphysiquement) que le suicide
  mais sera-ce encore, sale race,
  de la poésie?

où personne n'est chez soi

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