parce que ça ne me regarde plus

  le long du canal saint martin c’est pas moi qu’a crié gare
  je n’ai jamais crié, du fond des gorges aux trois non-lieux, trop pauvre pour ça
  c’est maintenant que je crie, maintenant que je suis sûr de ne pas être entendu, le doigt cassé
  moi qui ne souffre pas, ne sachant comment ça marche, à pleins poumons j’abrège ma
  souffrance

  je ne sais pas comment te dire. je pourrais te mentir mais tu ne me croirais pas. je ne sais plus comment te mentir
  je ne me laisse pas mourir et lorsque je te supplie laisse-moi mourir, ce n’est pas pour dissimuler que c’est moi qui ne me laisse pas mourir, c’est pour te supplier de me tuer
  c’est à dire m’abandonner, m’écraser les doigts, ne pas commettre de trace – on n’entend pas la porte se refermer derrière toi, derrière soi
  peut-être qu’elle ne se referme tout simplement pas, que c’est une porte sans serrure, clenche, gonds
  ni chambranle… 

  l’inaliénable en l’être, on l’écrase à quasiment chaque pas. et il ne gémit pas
  du moins on ne l’entend pas – mais moi je n’entend que ça. à la fin c’est comme si ma propre mort ne me regardait pas
  d’aussi loin que je me souvienne, et de plus loin encore, j’étais souillé. cela non plus ne me regarde pas
  j’ai beau écarquiller les yeux je n’arrive pas à me regarder, ni à rien voir d’autre que le vide
  qui ne me regarde pas, œil inflexible 

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