les gens mauvais

  j’ai peur de t’ennuyer avec mes histoires
  toute ma vie je t’ai parlé, et toute ma vie s’est tue pourtant, grattant jusqu’au sang le silence endémique
  frotter, frotter sans jamais éjaculer, c’est bien triste tu trouves pas? c’était malgré tout
  la seule option morale

  dans mon jardin j’ai enterré plein de morts. j’ai même le sentiment d’être devenu le mort en ce jardin
  j’ai la bouche pleine de terre
  j’ai le cul plein de morve
  je voudrais te caresser mais ta chatte déjà mouille pour un autre, et j’en vois pas l’intérêt
  personne n’a voulu prendre la place du pendu – mais pourquoi donc mouilles-tu ainsi?

  je vis dans un monde de nains de jardin et de mines antipersonnel, je ne me sens pas trop à l’aise, un peu à l’étroit même
  j’ai tout autant peur de tomber sur les uns que de sauter sur les autres – on n’est jamais libre que de mourir après tout
  admettons que cela veuille dire quelque chose…

  il y a sur son lit un homme luttant contre l’horizontalité
  c’est un être en suspens, un homme sans bander, il lui faudrait s’accrocher, assumer le temps – peut-être même incarner un destin
  ou alors tout simplement s’écarter
  devant le vide de soi

  je ne suis rien. je ne prétends à rien. j’ouvre la bouche et l’ortie n’y entre pas
  face au néant seule la douleur me dresse, je lui dois une chandelle. puis deux, et trois
  supposant qu’un mourant ne ment pas, je finis en tant qu’idée sans contenu, moulure d’une robe sans corps en-dedans
  ni apparence externe

les gens mauvais

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