les arbres de quiconque

  je vous écris d’un pays lointain. ici tout va bien, nous ne manquons de rien. nous décorons sans un sourire, sans une ride
  les arbres de quiconque

  allez vas-y enfonce, enfonce le clou: c’est un christ vermoulu – il ne tient plus que par une
  pince à linge

  je me plante dans ton œil, piquet de tente en pleine débâcle. le sol est meuble, d’une instabilité systémique
  et la vie pas si courte, finalement

  à force de banalité nous ruinerons la langue à même la bouche, et les espoirs saugrenus de qui y fonde sa vanité

  sans ça on restera au rouge, puis au vert, puis au rouge et ainsi de suite, hébété face au feu
  jusqu’à s’en rendre fou

  la pierre a deux niveaux: celui où on la chope, la basse-cour en ces termes, et la vitre qu’elle fracasse, janus au nu visage

  on assiste à une accélération de l’ennui. le désœuvrement fait de nous des frères de larmes, des naufragés très méthodiques en ce qui concerne l’ordonnance du temps
  et son épanchement

  un céleste mécanicien a du intervenir lors de mon sommeil sans fond: ma montre à battre s’est remise
  fut-ce à l’envers

  ce soleil en pleine tête, paisible désarroi. ce ciel toujours possible, genoux en éventail. même la mort suppose un espace
  en lequel m’engloutir 

  un cocu gigantesque s’est attelé à la tâche. tu me dis toujours tu – or en toi je suis je, que tu ne maîtrises pas

les arbres de quiconque

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