tu te teins les cheveux en bleu de méthylène. tu te teins les cheveux en gris métal. tu passes des heures assise à te mater la chatte, n’en revenant toujours pas et n’y comprenant rien, désespérément sidérée. t’échappe le cœur des choses, comme il échappe à chacun. il y a un insupportable suspense à l’ennui, et mille et une manières de s’exploser la cervelle au sol ou en plein vol. t’essaies d’imaginer quelle serait la plus jolie d’entre elles, ou la plus sexy, et te mets alors à méditer la différence entre jolie et sexy…
un jour j’irai plus loin, plus loin mais pas plus loin, et c’est même pas certain
on se resserre. un peu de bave au menton, un bouchon enfoncé profond dans le nombril, on n’en sort pas. on n’en sort pas c’est vrai
et quand on en sort enfin, c’est à poil sous la pluie, dans le froid jusqu’au vif du sujet, et je sais pas c’est qui c’est quoi le sujet, je connais que le vif.
un jour j’irai plus loin, plus loin mais pas plus loin. je te dirai adieu, adieu mais pas au-delà parce qu’au-delà il n’y a rien et là j’y vais tout seul, j’y tiens
tu ne te caches plus. depuis que tu admets ne plus te trouver, tu ne te caches plus. tu te vautres dans l’oubli, à cloper, surcloper, t’écrasant le mégot sur le clito et tu sens même plus rien, tu t’arroses d’essences tu te pisses dessus et pis voilà. je te plais comme ça mon amour? tu me demandes ou plutôt non, tu me demandes pas: tu m’infliges ta douleur et ta haine, tu te venges sur toi-même de tout, du fait entre autres que mon amour ne t’atteint pas. tu as fait tout ton possible pour qu’il ne soit plus possible de rien. puis t’éteins la radio
tes pulsions mortifères t’as qu’à te les foutre dans le cul. d’ailleurs ça n’existe pas. il fait beau depuis trois quarts d’heure et je reste quand même tout habillé. je ne me déshabillerai plus. j’aurais aimé allé me poser sur un banc or il n’y a pas de banc pour des gens comme ça ici, je veux dire comme toi, comme toi ou moi. il fait beau depuis trois quarts d’heure mais on n’en finira jamais de geler, je te le promets
tout le temps que ça dure, et ça durait encore…
pourquoi, ne sommes-nous morts
on s’aidait mutuellement – une pelletée toi, une pelletée moi – à s’enterrer l’un l’autre
la ligne est morte – on s’en souviendra de ça: la ligne
est morte
et que face à toi j’ai eu honte de moi, et j’ai honte de moi. aucun pont n’enjambe cette honte, aucun gué ne la franchit
je ne dors pas beaucoup la nuit, enfin… je dors ce que je dors. je crois que je me suis mal exprimé; je crois que l’on reste inconnu l’un à l’autre – on a beau supplier, l’autre ne trouve pas la main, le lieu où la rattraper, le temps de s’y noyer lui aussi
peut-être que tu seras heureuse de savoir que je n’existe pas

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