boomerang ne revient pas

  laisse tomber, même les morts ne veulent plus de moi. alors j’ai compté mes pièces et je suis allé m’acheter un petit sac de billes. en terre. j’avais la sensation de ton anus comme d’un œil crevé, et qu’on pouvait y enfoncer le doigt dedans il ne le mordrait pas. ou une bille en terre, bien au chaud. tu la recracherais un peu plus tard, pour le bien de l’humanité ou juste pour te vider, l’un n’excluant pas l’autre pour autant

  c’est fou les voyages qu’on fait quand on ne va nulle part et qu’on bouge pas, qu’on refuse de remuer le moindre petit doigt. mon petit doigt m’a dit… coupe, le petit doigt! mon petit doigt m’a dit… mets-toi du rouge à lèvres partout partout sur tout le corps de toute façon t’es moche, tu pourrais jamais être belle avec ce charbon tout noir et rabougri à la place du cœur. mais tu me trouveras moi pourtant, à lécher ce charbon

  on regarde s’échapper la fumée. ça dépend un peu du sens du vent, une volute et pouf, ça se dissout dans l’atmosphère, comme on dit. on se fout de ce qui crame là, on s’imagine bien que c’est forcément quelque chose de dégueulasse. mais la fumée qui s’échappe elle est pure: ça fait comme de l’espoir, de l’évasion et en même temps ça nous rend tristes. on passe ainsi le temps, tristement…

  je veux bien m’essuyer sur ton paillasson. me servir de toi comme d’un paillasson. je m’essuie d’abord les pieds, puis tout le corps, jusqu’à ce que je sois tout dégueulasse et puant, tout souillé. alors je te regarde profond dans les yeux pour voir si tu vas pleurer et je finis timidement du bout des lèvres par te dire: je te pardonne mon amour, même si t’es pas mon amour au moins je me suis bien roulé dans la saloperie de ton âme et ta fange. à ce moment précis tu craques, tu chiales et j’ai mal de tes larmes, j’ai mal de tes sanglots rigolos et je jouis de mon angoisse. parce qu’en fin de compte ma maltraitance t’as rendue si pure, elle t’a lavé de tout soupçon et du coup j’ose plus te toucher, tellement tu es pure

  à la fin les histoires elles se ressemblent toutes. d’ailleurs tout ce qui précède la fin ne constitue qu’un prélude à la fin, un alibi de mauvais aloi. seule compte la fin, et sa proximité, son échéance sans cesse repoussée. je me suis fait un gnon au front je ne sais pas comment. tu n’es pas là pour me soigner. tu es juste là pour me maudire, pour rejeter sur moi ta culpabilité d’exister

  et puis on prendrait une barquette de frites à deux, avec d’un côté la mayo de l’autre le ketchup et on ferait semblant de se battre avec les frites pour se piquer les sauces…

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