il y a une route
je cherche une route
au bout de la route il n’y a rien
je dors assis debout couché, je dors assis
je dors tout le temps
les yeux écarquillés en plein sommeil
pas une route sans qu’elle ne soit bordée
de tilleuls, d’acacias, ou même de peupliers
pas une route
pas une route et c’est dommage
je démarre à partir de rien
sinon comment démarrer, et à partir de quoi
je démarre à partir de rien
afin de n’arriver à rien
casser
ce pur noyau d’angoisse
pleurer un peu sur la vitre à côté
pleurer sans même pleurer
couler de soi faute de source
il y a une route
et à partir de là seulement, une étendue
se déploie
et s’enlise
tout au bout de l’inconséquence, l’absence
est sans substance
je me baisse pour refaire mon lacet
lorsque je me relève il me semble bien que j’aie
disparu
il n’y a pas de route
l’espace s’est réduit à ça (il tend son poing fermé)
j’écoute en mon néant
tomber la pluie
à mille lieues d’ici il y a un homme aussi
parait-il
un caillou réveillé, dressé sur son céans ou posé là
en travers de la route
il fait un geste de la main
pas plus
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