j’aimerais m’endormir à tes côtés, une fois pour toutes imiter la nature morte

  je n’y songe pas
  c’est une ombre qui tombe, qui s’amasse
  pas une seule fois, et si dense, pas une seule fois
  ne mourus-je à propos
  mais sans cesse à l’écart

  inutile de continuer à sonner, dissonner: la soif
  est dans l’eau, j’ai pas d’pays
  pas de pays quand même
  j’arrive quelquefois, j’arrive
  à s’oublier

  qui s’allume, qui s’éteint
  tandis que je monte la garde
  veillant sur ce qui va, sur ce qui vient
  l’immobile tout tremblant entre deux
  j’ai pas d’raison

  il s’avance deux par deux, agrippé à son soc
  côté face c’est un homme, côté pile ce n’est encore que la trace
  de cet homme
  derrière on a creusé un trou
  depuis longtemps déjà, ou dès lors

  il meurt avant moi et c’est toujours comme ça
  il chavire et il appelle ça comme ça, même pas danser
  c’est moi qui s’effare
  qui tombe pas des nues mais d’à peine
  plus bas que soi

  ça ne me regarde pas
  on ne gagne rien à ceci, à cela, on ne gagne rien à rien
  c’est comme ça, il appelle ça comme ça
  et comme ça chante un peu, à peine
  quand on lui écrase la queue

  je ne me suis rendu compte
  de rien, je souffle dans ton oreille, tout doucement je souffle
  dans ton oreille, je m’y endors, je m’y baptise
  on se croirait au soleil
  d’un radieux nulle part

  m’en donne pas trop
  le temps de vivre était trop long, le reste m’accordait
  comme on accorde un répit, un vieux piano, un faux-semblant
  au flux des apparences, l’harmonie comme un dommage
  tout au plus collatéral 

...

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