parfois à terre, d’autre à la mer

  ma vie s’est passée écartelée de questions n’admettant nulle réponse, que l’absence de réponse n’abrogeait pas mais au contraire étirait jusqu’à l’ultime nerf d’une intériorité vacante
  peut-être pour le rendre plus atrocement sensible au léger vent du nord qui soufflait ce jour-là…

  que pourrais-je abandonner de plus que moi-même, et par cet abandon m’en rapprocher d’autant?
  qui se retrouve dénué d’histoire à se raconter, à s’habiter?
  qui se masturbe l’être en pensant que la jouissance n’en vaut plus la peine, ne fait même plus mal?

  et pourquoi me reviendrait-il à moi de supporter tout le néant de dieu, et d’en porter la croix? j’ouvre les yeux et constate que chacun à sa manière remplit cette fonction, en accomplit le rite
  pourrais-je ne pas être? pourrais-je ne pas disparaître? pourrais-je me vider de moi (comme on vide un poulet)? l’homme en point d’interrogation épinglé au front, j’allais dire du néant (susdit) mais faisons preuve pour une fois d’un peu de modestie: au front de l’homme lui-même…

  et pourtant je serai seul, seul et là devant toi, face à ce vide empli d’effroi
  sans rien pour me moucher
  ni amortir la chute…

  ce qui doit s’écrouler s’écroulant effectivement, je ne le soutiens plus ne le retiens pas de crouler
  j’ai vécu comme ça, pas autrement – la vie hors cet effondrement et ce dénuement me répugnait
  la grâce a fini par me sembler suspecte. dieu m’a trahi. je n’arrive pas à lui pardonner
  lui non plus n’arrive pas à me pardonner

  cerf-volant pris dans la bourrasque, je ne donne pas cher de ma carcasse ni de mon nom – je ne sais comment sauver ma peau, ma peau de cerf-volant
  la main qui tient le fil tient aussi les ciseaux – quant à ma vie, elle ne tient pas plus à ce fil
  que le vent au roseau…

parfois à terre, d'autre à la mer

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