morituri no satori

  les gens portent de longues robes, de longues robes
  avec les pieds qui dépassent par en-dessous, collés l’un à l’autre, indécollables indécrottables
  la mort les fauche, la mort en hécatombe – alors ils prennent leur café du matin ils pensent
  juste à autre chose

  le chien chinois est mort de faim il a
  pris possession de mon corps, rabattu ou tendu mes oreilles, selon le timbre
  dieu aujourd’hui ne me parle pas. pas plus qu’hier ni demain. dieu en fait ne me parle pas, et face à son silence je suis toute ouïe
  je réponds à son silence par un autre silence
  ou parfois, comme ici, par une poignée de mots

  les gens se disent comment vas-tu ça va les gens se disent, ils préfèrent ça ainsi plutôt que de
  se toucher le sexe. c’est plus propre, plus digne. les gens ne se
  reniflent pas l’anus, ils ont autre chose à faire les gens ont
  toujours quelque chose à faire. même quand ils meurent

  la pluie frappe à la fenêtre – ça me rassure
  ça veut dire que je me trouve du bon côté des choses, du moins de la vitre
  du côté sec, du côté chaud
  et tant pis si je ne suis pas beau, si ce luxe-là
  me fait défaut

  j’ai dormi comme il faut, à l’endroit à l’envers. un peu d’huile pour me réveiller moins souvent
  ouvrir la fenêtre pour laisser le chat sortir, chaque nuit vers quatre heures. n’avoir rien à penser
  rien à exister
  à cristalliser
  un départ de non-feu
  une année bissextile, comme si l’on ne savait plus se contenter d’un
  un c’est à dire soi moins le tout

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