RDA les pissenlits

  sans soif
  il y a un chemin qui se faufile entre les dunes mais n’aboutit jamais à la mer, aux marées – qu’aux chardons, aux tessons,
  aux divinités partageant avec nous un même sang et qui malgré cela restent sourdes à notre amour,
  se contentant de susciter ces pulsions qui nous raccrochent à nos entrailles, quand le temps ni l’histoire ne savent plus
  que faire de nous

  j’ai peur de tout – l’univers dispense un vaste danger, celui d’être définitivement dépossédé de soi, du sentiment de soi
  je me hais face au miroir, non d’être tel ou tel mais simplement de figurer, me figurer en ce miroir
  alors je sors et brandis le poing, j’écrase mon poing contre le miroir mais ça ne me fait rien, ça ne m’atteint pas
  ça n’effleure pas le miroir, n’ébrèche pas l’image
  – seul mon poing se brise…

  un chien a mordu un chien, comme ça sans raison, juste pour être chien
  je cours après je ne sais quoi. on me suggère qu’il pourrait s’agir de ma queue mais même s’il s’agissait de ma propre queue ça ne signifierait évidemment rien: je n’ai pas de queue en propre
  s’enliser dans la course, fictive immobilité – je me marche devant je clôture ma marche: j’attends que l’on m’oublie, et que l’oubli s’oublie
  afin de me souvenir de chaque et de toute chose du fin fond
  de l’au-delà…

  criblé de bulles: l’orgueil de se prendre comme objet et sujet de soi-même
  quoi que l’on prétende le vent n’a pas de sens. quelqu’un aimait passionnément, suffisamment du moins pour garantir un axe au monde, mais il m’a fait défaut
  il s’est noyé dans l’anonymat
  il a épousé sa montre
  il a pissé sur les pissenlits parce que les pissenlits ça aime ça mais depuis rien
  rien
  on n’arrive plus à mettre d’image sur ce rien-là

  courir nu. rien de plus détestable à ma sensibilité que la réunion de ces deux vocables – courir, nu – laquelle évoque toutefois majestueusement le poème. courir nu
  or j’ai froid, je suis transi, à bout de souffle. je dois fabriquer mon intériorité en érigeant un mur de merde, un cri de guerre. je dois m’enfuir, m’enfuir si loin que je ne saurai me reconnaître, sur quelle croix m’empaler
  je voudrais que tu me dises adieu, adieu, tout juste adieu – mais une rue déserte ne mène qu’au désert d’une rue et pas plus loin

RDA les pissenlits

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