ma vie ressemble à une stalactite
c’est l’image la plus propre qui me vienne à l’esprit – j’ai peur d’avancer quelque part
où avancer ne se différencie pas de reculer
alors je ferme les yeux, ni par horreur ni par bonheur je ferme les yeux par un grain de poussière
qu’est rentré dans mon œil, en brûle la vison
ça serait vraiment dommage d’écraser la queue d’un rat
crevé, qu’aurait donc même pas mal, qui couinerait pas –
c’est pourtant notre fichu travail que de nous supporter
tant nous-mêmes que les uns les autres, mais je ne voudrais pas être la victime
collatérale d’un mauvais calcul, fut-il dicté par ce fumeux instinct
de survivre oui, mais de survivre à quoi?
je t’aimais, je sais pas pourquoi je t’aimais – comme si ça dépendait de nous ces choses-là
j’ai remonté le Nestos jusqu’à la frontière, de là j’ai su que ma sanglante diarrhée serait éternelle
et sans matière –
pour confondre l’universelle rien ne vaut une petite charade
foireuse, et qui finit de même
: le bonheur en quelque sorte, ou du moins ce qu’il en reste après l’avilissement
de l’orgasme, ou dieu sait quelle agonie…
la dernière fois que je me parle est-ce avant, après
le décès? l’inhumation? la réincarnation? la dernière fois c’est celle-ci, c’est maintenant et chaque fois
qu’un être parle en moi et si c’est toi, qui me fait dire moi, alors qu’au fond je ne désirais qu’une bonne manche au terrasses des cafés
manger quelque chose de gras, fumer sous la pluie et finir par éjaculer
sur ton visage endolori, ton triste visage de mater dolorosa
quand sera venu le temps de planter une croix dans la tête l’un de l’autre, quand le temps
sera parti et qu’on n’aura rien dit, parce que rien n’est à dire si ce n’est ce rien,
ce beau rien-là, où nous nous ressemblons, où nous n’avons plus honte d’avoir honte ni peur d’avoir peur
– enfin… un peu quand même…

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