celle qu’on tue celle qu’en a marre, celle qui voudrait pas s’coucher tard
elle m’a dit qu’elle n’avait pas besoin de ma pitié. je l’ai laissée couler
c’était n’importe quel jour. chaque jour est n’importe quel jour: un jour inutile, vite oublié, nous passant sous la barbe
on se cramponne à l’horizon. n’importe quelle ligne sert d’horizon. un point entre nous et lequel il n’y a rien, qu’une étendue désuète
l’esprit cherche ce silence d’adieu. une issue à tout ça, là, qui nous chie sur les pompes
l’esprit a besoin de tout oublier afin de se souvenir de soi-même, jusqu’à ce qu’il ne reste rien et qu’il s’oublie soi-même. à quoi bon dire qu’il est vide alors?
une fois débarrassé de l’esprit, elle m’a tendu la main – d »e quelle pitié avais-je encore besoin?
je n’ai appelé personne, personne n’a répondu. je n’ai pas répondu non plus
je ne voudrais changer rien à rien, ne pas déplacer le moindre caillou, ne pas ravaler le moindre sanglot. je m’assiérai là comme d’habitude
je passerai le temps hors du temps comme d’habitude, au bord de la suffocation, saturé d’introspection
toute l’éternité c’est long. mais pas plus long que la vie après tout, pas plus long que maintenant, l’éternité qui ne coule pas – l’éternité de notre absence
l’éternité de toute absence
et si je coule, promets-moi
de ne toucher à rien

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