quand je lui dis que la seule chose qui importait au fond c’était le salut de l’âme, elle se contenta faussement naïve d’insinuer: et si on n’a pas d’âme? même si on n’a pas d’âme insistai-je malgré moi, et même encore si le salut n’existe pas. je ne sus alors distinguer si dans le regard qu’elle posa sur moi il s’agissait de banale ironie ou d’une sincère compassion. un jour peut-être fera t-il jour, hasardai-je. peut-être fait -il déjà jour, et déjà depuis toujours, rétorqua t-elle pour me faire chier – à moins que ce ne fut tout simplement pour se rassurer…
je n’ai pas creusé de trou chez moi, chez moi est un trou déjà suffisamment vaste. je n’y ai pas semé de fleurs non plus, ni rien de sensé. j’ai juste pensé rester assis là, à boire et entendre le vent bruire à travers moi. et j’ai beau chercher je ne trouve en moi d’autre raison à vivre que celle de ne pas mourir. pas tout de suite en tout cas. pas aujourd’hui quoi qu’il en soit
je vide tout un bol de buis et rien ne se passe si ce n’est le temps, cette pure essence de l’absence. nous abstenant de toute affirmation comme de toute négation, quelle transparence instaurons-nous? je ne me pose pas vraiment la question c’est plutôt la question qui, sans intention me traverse l’esprit et retombe vide de l’autre côté – de l’autre côté c’est à dire en plein cœur de mon vide, dans un bol de buis pour ainsi dire…

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