béton armé

  partir à la dérive – quoi donc? partir
  à la dérive il n’y a pas de mais qui compte j’achoppe
  là je te dis que j’achoppe
  ne me tourne pas le dos je te dis que j’achoppe, et puis
  rien ne m’excite davantage qu’un verre d’eau
  vide
  et morte

  le long de toi ai-je soulagé ma route
  tu me dégoûtes un peu
  un peu comme on se dégoûte un peu soi-même, où fuir
  où fuir quand les traces te piétinent le corps et c’est la route que tu portes
  sur les épaules et te passe dessus, et te pisse dessus
  et te pousse dehors – 
  le long de toi ai-je jamais dit stop, on r’commence?

  partir, foi d’alouette, le long
  quelle m’obsède, torpeur en la demeure – j’ai froid
  jusqu’au fin fond de ma mort j’ai froid, et dès le premier pas, figé
  quelque chose m’oblige, te dis-je
  à te passer dessus
  à fuir par en-dessous
  en douce

  une légère, oh si légère
  chute…
  rien là ne me retienne, le bras brasse l’espace la main ne trouve rien où se raccrocher la chute
  est libre, si libre, légère
  légère où se raccrocher
  démailler les sources sèches, les sources sèches

  ôte-toi de mon chemin, grandiose immobilité
  grandiose spectacle de mon immobilité
  charnier réel, imminent, de quoi ai-je l’air
  je monte au ciel et le ciel redescend, charnier profond
  tout ce qui crève en moi, et celle
  réelle, réelle et imminente
  s’en allant s’en venant
  claudicante…

  une lettre d’adieu, c’est mieux
  bien mieux que toutes les croûtes recouvrant la cornée, la bouillie des jours sans
  devant soi: devant soi
  et rien d’autre, même pas
  une lettre d’adieu, une seule, l’oméga du voyage
  devant soi, rien: c’est déjà derrière soi
  – pauv’ tâche…
  

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