pas de polka, pas de renard

  ils ont de loin passer le stade où ils pouvaient me décevoir – et toi pareil, mon amour
  c’est en vain que le soir nous visitons nos tombes, les fleurs ne repoussent pas
  paillons bien les vivaces…

  on pleure pas devant les autres, on évite si c’est possible
  de même on s’explose pas la tête en public – c’est un spectacle peu ragoûtant, une cervelle fracassée 
  non, on va se pendre à une poutre du grenier, s’ouvrir une veine dans la baignoire dont l’eau refroidit au même rythme que le corps, prendre un tube ou deux de ceci de cela au fond du bois: on reste discret
  on pleure pas dans les bras de quelqu’un

   ma sœur habite à fontenay sous bois, c’est ma seule famille alors je passe à fontenay sous bois une ou deux fois l’an, je reste une ou deux nuits
  un grec tient le café à la sortie du RER, je m’arrête discuter avec lui un moment – ça fait du bien de parler la langue et je m’enivre un peu
  je ne sais plus comment on écrit une lettre d’amour

  j’ai écrit des centaines de lettres d’amour, et je reste toujours là, dans la douleur et dans le froid
  l’abîme ne se referme pas – l’œil de dieu non plus, dit-on
  l’incertitude est absolue, le café à un euro dix

  des fois on s’embrassait, des fois pas – ça n’a pas d’importance
  des arêtes de poiscaille, c’est tout ce qu’il reste de la mer
  un billet de car pour chisinau et des spasmes abdominaux, j’ai l’impression d’être enceinte de ma propre mort
  et je gonfle, je gonfle…

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