απογνωση

  l’absence parfaite, l’absence de qui n’existe pas, je m’adresse à cette absence-là, tout près de moi ou tout en moi je tombe en cette absence-là, je m’affaisse
  j’attends qu’elle me réponde, comme si l’impossibilité de répondre n’était pas justement ce par lequel elle se définissait, la parole propre à son indéfinition
  je crois n’être présent en ce monde et à moi-même qu’afin d’articuler cette absence-là, ouvrir un espace à sa folle irréalité – être moi-même le lieu
  de sa dépossession

  un jour je retourne au hasard, comme si la mort n’en était pas la fin, ou parce que la mort en est le pur commencement
  je prends ta main – j’aurais pu prendre autre chose mais c’est ta main que j’ai trouvée là, caressante de pluie, je m’y suis répandu
  au bout de moi finalement court toujours le hasard, entre les doigts vides de toi ou de tout autre chose je glisse, rien désormais ne nous rattraperait –
  l’être en moi ne rentre pas

  ce n’est pas peu, soutenir tout un gouffre.  par moment un miracle s’opère: il se lève et marche simplement devant soi, comme s’il suffisait de boire pour étancher la soif
  ne me pourris pas s’il te plaît, la vie – se dit-il en trébuchant sur le premier flocon.  aller quelque part quand le chemin coule ailleurs ne va pas de soi, en tout cas pas de moi
  en attendant nous nous contenterons de ressusciter ci et là, d’embrasser ce qui ne nous embrasse pas et de nous embraser d’un feu qui ne brûle pas, ou si peu, depuis que sur un jour qui ne se lève plus la nuit non plus
  ne tombe pas

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