le quart d’un ton

  ce qui nous est le plus précieux, on retiendra seulement ce qui nous est le plus précieux
  : ce qu’on a perdu, ce qu’on perd, ce qu’on est sur le point de perdre, le moindre souffle de respir
  on y va.  on sait bien qu’il ne faut pas mais c’est pourtant nécessaire, puisque irrépressible
  à force de vivre au fond d’une botte en caoutchouc comment n’en viendrait-on pas à imaginer je le dis tout simplement, tout un je le dis très humblement
  ciel

  tant qu’il me reste un peu de souffle dans le corps, une braise rougeoyante quelque part…
  j’ai envie d’embrasser le crâne gelé de chaque animal parti se cacher pour crever seul dans son coin
  je bois très lentement, très lentement l’eau noire qui me noie

  le corps d’un homme est lourd, même le corps d’un homme mort
  quelle âme faut-il à l’homme pour que son corps ne pèse plus, qu’il reste en suspens entre ce qu’il aurait du faire et ce qu’il aurait voulu faire?
  quelle bourrasque pourrait emporter le corps d’un homme qui jusqu’au bout refusa de s’abandonner?

  il n’a pas encore gelé cette année, les bêtes sont inquiètes
  sur la route du Mans les phares m’aveuglent, j’ai hâte de rejoindre les collines obscures
  les corps s’aimantent, les esprits se repoussent, il n’a pas encore gelé cette année
  les bêtes sont nerveuses

le quart d'un ton

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