rainbow by full night

  pour passer sur l’autre rive sans se mouiller les pieds, il éveilla en lui un amour sans objet, un amour qui ne s’attachait à rien, un amour comme ça – un simple feu qui jouissait de brûler et cependant ne brûlait de rien, ne brûlait rien

   il aimait sa douleur et cet amour soignait sa douleur, la faisait germer, comme si toute douleur était douleur d’enfantement. il réalisait que l’être, peut-être, ouvrait le champ à cet amour-là, et en était la clé

  suspendu au-dessus du néant infini, éternel, infini et éternel, retenu de la chute fatale par le fil ténu de la grâce, d’une grâce – je me lave les dents chaque soir, pensait-il, sauf les soirs où j’ai trop bu. sauf les soirs où j’ai trop bu, pensait-il

  l’essentiel n’est jamais l’essentiel; la réalité n’importe qu’en tant qu’elle n’importe pas – mais on peut s’entendre encore sur cela, admit-il
  il voyait le monde danser, danser sa profonds douleur de monde, et ce besoin de sombrer comme s’il en allait du salut même de dieu
  la nuit cédait enfin, tout simplement – inéluctablement

  les jours déjà rallongeaient. l’émotion suscitée à l’idée de leur amenuisement progressif jusqu’à l’emprise absolue de la nuit sur son esprit s’avérait elle aussi aléatoire, sans poids. il ne pouvait donc se reposer même sur l’angoisse, l’angoisse de n’avoir nulle part où se reposer…

  j’ai vu le jour à contre-jour, le ventre d’une femme n’avait point de limite

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