j’ai peur de quelque chose, non je n’ai peur de rien
pas du manège qui tourne en tout cas, d’ailleurs il ne tourne pas
je tourne par hasard, autour de l’idée fixe
la dernière limite, fin de la dernière limite
je refuse d’y penser, y penser ne pense qu’à ça
un homme m’aurait sauvé, s’il n’avait eu un empêchement de dernière minute
je dors n’importe où, dans les lieux les plus humbles
j’ai peur que tu m’embrasses, bien plus que tu ne m’embrasses pas
j’éternue quelque part, mais le froid n’est qu’en moi
je te hais
je ne sais pas pourquoi je te hais – sans doute parce que ça fait du bien
au bout de deux heures tu ne réponds toujours pas
au bout de cent ans non plus
je n’ai plus rien à jouir
la dragée dans la gueule du loup – je n’arrive pas à prononcer ton nom
je l’abrège donc, comme on espère susciter le plaisir
d’un doigt par ci, d’un doigt par là, d’une claire allée de lumière
d’un homme qui meurt debout
je ne suis rien, et tout le rien dont je suis le rien épouse le rien du monde
je prenais le bus 26, ou bien la ligne 9, j’enculais des fantômes aux jambes grêles, aux fesses dures
finalement le véritable sexe de l’homme c’est sa main – il ne pleure pas il se tranche la gorge
devant les caméras éteintes…
tu le sais bien pourtant: la pluie, c’est juste pour le décor…
je sors dehors je n’y rencontre personne, je rentre dedans c’est la même chose
on s’attrape par un bout – qu’est-ce qu’on pourrait faire d’autre?
nul ne mérite l’amour, les vivants non plus ne ressuscitent pas
j’avais tellement envie de te plaire, je désirais mourir aussi, profondément
les fanaux s’embrument, la marée se retire, on ne rate qu’une vie me disais-je
– non, même pas…
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