trahir

  j’attends, là, j’attends depuis longtemps, si longtemps, la branche ou la saison
  depuis l’adolescence s’écoule acide en moi la sensation d’être un suicide collectif

  seul ton mépris me soulagerait vraiment, tandis que ton pardon m’humilierait encore davantage. je ne vois d’autre remède à la faute que celui de la honte

  les autres sont morts. les hommes parfois meurent. on les réduit à rien pour voir comment ça fait en général ça fait jouir, jouir très fort

  parfois tu t’appelles ophélie, ou parfois tu l’appelles. parfois tu attends, là, depuis longtemps, si longtemps, tu ne sais plus trop quoi – tu n’as jamais su quoi…

  les choses dont on ne guérit pas resteront, restent. on astique ces dalles funéraires comme si on branlait nos morts

  on ne peut pas tout dire. non, on ne peut pas tout dire – sinon par où pourrirait-on? 
  parfois j’ai l’impression d’être vivant, mais ça n’aide pas beaucoup…

  plus blanche était la nuit, plus l’amour impossible
  -est-ce là tout ce dont je me souviens?

trahir

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