il a failli pleuvoir

  très doux par où mourir, et de l’autre côté très doux aussi

  les bonbons-féeries, les presque-riens, les fonds d’clochettes…

  ces bouts de phrases en libre chute, ces jets de mots malencontreusement tombés sur le papier, ces cailloux soutirés à la mare: voilà tout ce que j’aurais réussi à sauver du naufrage…

  je ne fais plus qu’un pas sur deux – ça économise l’espace et ça va beaucoup plus vite. le pas manquant me sert de suspens, de refuge hors-sol, loin des bords ou des volées de bois vert

  on se prend soi-même par la main et on se mène jusqu’à la route, au bout là-bas, tout nu à la grille d’entrée de l’école maternelle ou au bord de toute autre fosse commune. puis on se lâche la main, s’encourageant allez, vas-y maintenant. le temps de se retourner et y a déjà plus personne: on n’est déjà plus là

  comme un tas de ballons bleus avec une aiguille, il faudra les crever un à un, ces silences d’alors et de tantôt – embrocher ces carpes et ne pas les rejeter à l’eau tant qu’elle n’auront pas rendu toute leur âme…

  les hommes sont allés à l’école, mais d’abord ils ont eu froid. le froid vient toujours en premier. les claquements de dents te réveillent toutes les deux ou trois minutes, jusqu’à ce que tu parviennes à les contrôler, puis te dissolves à nouveau. après seulement tu vas à l’école et tu ne te sépares plus du radiateur, tu aimes son odeur 

  tu parviens à cela et cela s’envole, à chaque fois
  comme on fait s’envoler un pigeon, de grâce

  à un homme qui a mal aux yeux tu offres la moitié de tes lunettes. ou tu lui conseilles de fermer les yeux, lui assurant que ça le soulagerait. ou encore tu peux lui baiser les paupières en imaginant que ça puisse le guérir, par miracle, quoique tu ne te connaisses pas de tels dons. les yeux malgré tout ça continueront de lui brûler. on n’y peut rien, il n’y a rien à faire – lui seul le sait, en a l’intime conviction

  pour de faux. je suis pour de faux. achète-moi quelque chose

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