rien de personnel

  je n’arrivais pas à pleurer. je ne ressentais rien. et quand l’angoisse perçant me réveillait en pleine nuit, je criais d’instinct « dieu, mon dieu, oh mon dieu », et ça passait. tout finissait par se dissiper à l’heure d’un petit-déjeuner fait des restes de la veille – toujours des restes
  et toujours de la veille

  tenir longtemps. combien de temps peut-on
  tenir encore ?
  il vente sur mes dunes il vente
  effroyablement. il n’est pas nécessaire
  quoi qu’on en pense, de quoi qu’il s’agisse, il n’est
  pas nécessaire

  je rentre à pied. chaque jour, je rentre à pied
  je prendrais bien le tram, si j’avais un ticket, si seulement j’avais de quoi
  me procurer un ticket. du coup je rentre à pied. du nord au sud je rentre à pied
  entre soi et la mer, de tout temps se dresse un mur

  je n’aime pas les gens. rien de personnel là-dedans, je t’assure
  on essaie malgré tout de dormir. ou de dormir un peu. on y arrive, parfois
  comme un truc resté coincé entre les dents, on passe la langue on la repasse, on ne s’en débarrasse
  il a toujours été l’heure de rentrer, et toujours manquait le lieu où rentrer, par le chemin aveugle

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