nuit principale

  et la vie avant la mort dis-moi, c’est comment? où donc se réfugie le chant de l’homme qui n’a jamais chanté
  parce qu’il n’osait pas, gosier sec et âme béante, ou parce que c’était midi et que midi, chez nous, c’est l’heure de s’exorbiter, de s’exploser la tête avant qu’il fasse mort, avant que l’on regrette
  d’avoir jamais vécu

  .

  j’aimais bien te filer des bonbecs en cachette, de la neige brûlante sur ton cou de neige noire
  tu me disais embrasse-moi, je fuyais serpentin et le ventre en charpie
  la honte de soi fait de soi un homme. la honte de soi mesure l’âge d’un homme quand l’homme atteint cette stature, ce sens de l’exil,
  cette autodémesure…

  .

  j’aimais bien quand tu fronçais les yeux, qu’impunément alors je me laissais jouir en toi, en travers de ta route, ou sur le canapé
  je n’aimais rien, rien d’autre que toi – en toi j’aimais le rien bien au-delà de toi et je sais bien qu’un jour, un seul jour,
  on se relève et l’on oublie enfin qui l’on est, quelle ombre nous poursuit

  .

  quel tort, quel tort avouer qui puisse encore m’humilier – je ris allègre sur les tessons tu vois, la plante ensanglantée des pieds
  à la bauge la mène, aux cochons à lécher, toute la vie à chiasser, à expulser dans le mouchoir de tous les adieux
  la morve d’être, ce qu’avec pudeur hier encore
  tu appelais une âme…

  .

  on ne s’abaissera tout de même pas à avoir quelque chose à dire, une chanson à chanter, un genou à fléchir…
  je tombe un pied sur terre. j’avance je sautille, un pied sur terre et l’autre en l’air dieu me supplie, dieu me supplie et dieu, que j’ai pitié de dieu, un pied sur l’air,
  et l’autre en terre…

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