de ce suicide élémentaire

  depuis que je ne me parle plus je me regarde d’une façon bizarre, comme un être dont au fond on douterait de l’existence
  mais bientôt je ne me regarde plus, bientôt mon mépris se fait tel que mon regard, de ne s’attacher à rien
  traverse tout sans dommage, ni encombre

  .

  un balançoire
  pendue à rien, et qui se balance au-dessus de rien
  je m’accroche quand même. ça relève à la fois du fœtal
  et de l’émotionnel
  c’est à dire que ça enveloppe et ça déchire simultanément: ça déchire l’enveloppe,
  et ça enveloppe la déchirure…

  .

  cracher dans l’vide, toute la beauté de
  cracher dans l’vide.
  je ne suis pas mesquin, la preuve: j’aime passer l’éponge
  sur ton visage jusqu’à ce qu’il s’efface
  de ma mémoire, et ma mémoire avec

  .

  t’as beau t’as beau t’as beau, de l’enfant tout-puissant au fantasme purulent, ne reste plus de toi
  qu’un orgueil blessé. un peu plus que blessé
  – un rivage où t’échouer, tu cherches une rive
  sur laquelle crever…

  .

  il y a quelque chose d’outrancier à poignarder un cadavre, de plus fou et de plus blasphémateur encore que de s’acharner sur un agonisant
  j’ai l’impression que mon corps c’est ça, ce cadavre-là, ne ressentant plus rien, simple habitacle d’une haine qui n’a ni nom ni lieu
  et que j’aime bien quand même

de ce suicide élémentaire

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