en dehors du temps qui passe

  je ne parle plus. depuis un certain temps je ne parle plus. je n’en ai plus la soif
  je me prépare à mourir. enfin… la mort me prépare à la mort. il s’agit d’un autre rôle, d’un autre éclat
  et pourtant il me faut dire – toute mon âme se rattache à ça: au dire
  je n’ai plus le luxe de me méfier

  .

  as-tu voulu faire de moi un tueur? as-tu voulu faire de moi quelqu’un qui, sans savoir ni prévoir, causerait la souffrance?
  as-tu voulu faire de moi celui qui crie, celui qui geint? as-tu voulu faire de moi ce lit sur lequel ne coulent plus
  que les pierres et ces tombeaux
  d’inutile lumière?

  .

  je n’aurais jamais assez de temps pour évacuer tout ça. je rêve d’aimer, aimer tout ça. mais aimer s’avère si futile…
  on ne demande pas d’aimer à un homme qui gerbe ses tripes, à la croix qui doit supporter la masse d’une ultime supplication
  – mourir dorénavant ne sera pas vain

  .

  ils m’ont trompé. depuis le début du monde ils m’ont trompé
  je n’ai jamais existé, je n’ai jamais été moi – à peine en ai-je entrevu
  l’éventualité, la fatalité, l’impossibilité
  et quand je pissais c’était toujours ailleurs, au loin, et à côté

  .

  que tout finisse bien arrangerait tout le monde, et moi en premier lieu
  je pénètre dans une solitude quasi biblique
  je prends dans ma main le squelette d’une main, tentant de reconnaître à qui la main, à qui
  la ligne qui s’en arrache…

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