la petite moitié qui parle c’est la mort sous mon balcon

  le jour se meurt doucement dans mon dos, s’amenuise se dissout, et je n’ai quant à moi qu’un poème pour toute respiration
  tu ne me comprends pas, tu ne me comprends rien – de mon œil incurvé je ne te regarde pas car je ne te vois jamais qu’en moi

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  il faudrait d’abord enlever le son, faire de la vie un film muet. au bout d’un moment on se lasserait de l’image également. la conscience de soi deviendrait alors vite insupportable
  ne resterait plus de l’être que la sensation brute de mon cri dans ta bouche

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  j’acquiesce – cela suffit
  herbe de juillet, les hommes jaunissent, s’appauvrissent. on les retrouve un jour à l’état de cadavre et on s’en débarrasse
  les cadavres nous encombrent, l’esprit ne les conçoit pas, l’estomac ne les digère pas
  on se débarrasse du chat par la même occasion

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  je parle dans le vide, je parle au vide, au néant du temps et de l’espace – je lui parle en semblants de poèmes, en prières balbutiées 
  prières de rien, d’éteindre nos cigarettes, de ne pas malencontreusement marcher ou buter sur un mort
  même à moitié mort

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  je ne sais plus quoi dire. je n’ai pas peur au fond de moi – le fond de moi se trouve derrière la peur
  jouir et mourir c’est la même chose quand plus rien ne fait un, que plus rien ne fait rien
  et que je tombe dedans

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  je voudrais ne pas mentir mais je ne sais pas comment faire, comme si le néant finissait toujours par avoir le dernier mot
  on pourrait aller n’importe où, si n’importe où avait un sens – et même tendre les mains quelque part vers ailleurs, mais pas soi

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  peut-on s’empêcher de sentir le sang fuir, le pouls s’affaisser, le souffle s’épuiser?   peut-on s’empêcher de sentir l’âme se dépêtrer, se retirer, s’éloigner et grandir?
  empêcher la gorge de se nouer, la pitié de nous envahir, ou la pluie de tomber?

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