nous sommes allés mourir près de tristes avions

  l’herbe ne poussait plus. on avait beau souffler dessus, elle ne pousserait plus
  de larges tombes s’ouvraient de sous nos pieds, mais ça aussi on s’en foutait
  on rayait les lignes de nos mains, on n’avait pas de cœur mais on aurait voulu au moins qu’il fut pur
  on a tout perdu à la fin, alors on a allumé une cigarette, comme dans un vieux film américain

  .

  nous perdions beaucoup de sang, toi et moi
  toi parce que tu es femme, et moi parce que moi
  toi parce que tu es nue, et moi de m’arracher les ongles, me dépecer me désosser
  – à chacun sa façon d’être nu n’est-ce pas, de porter sa nudité
  me manquaient la bouche, les mains de me saisir de la tienne

  .

  nous perdions tant de sang, et nos vies s’enlisaient
  nous étions flaques de sang dans le bourdon des mouches
  le seul moyen de se sentir libre, de respirer, c’était de toujours dire adieu
  même lorsqu’il ne resta plus rien ni personne auquel dire adieu

  .

  dentellier de la perte, j’ai besoin d’un récipient, percé de préférence
  et puis les jours de soif, me délecter de mon humeur amère, et sombre
  nous perdions notre sang vainement, vainement nous le réinjections-nous, sale, contaminé,
  infecte, oui, mais du sang tout de même

  .

  l »autre jour, quand j’ai une fois de plus survécu à moi-même, j’aurais voulu t’écrire un mot
  me manquaient probablement la feuille ou le stylo, la pierre ou les ciseaux…

nous sommes allés mourir près de tristes avions

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