et maintenant que toute raison cède, que les choses ne sont plus que ce qu’elles paraissent et ne paraissent plus
que ce qu’elles sont, ou à peine; que le sens du moi se réduit à peau de mouton délavée sous la bruine perpétuelle, je me fous
du lieu où je meurs: il suffit que ce soit un lieu, haut-lieu ou non-lieu,
qui ne se situe pas…
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la trajectoire aléatoire d’un ballon de rugby ricochant de ci, de là, ressemble à notre histoire, je veux dire à toute histoire
j’ai beau m’arrêter là, regarder à droite ou à gauche voir si personne ne vient, la trajectoire érotique d’un ballon de rugby semble désespérée,
insondablement close…
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j’aime la vie comme un enfant, deux enfants, trois enfants aiment la vie aussi
libre et désemparée, c’est ainsi que la vie glissa sous les pas du premier enfant
le deuxième moment d’un excès de tendresse se brisa, n’ayant su retirer à temps son bâton de la bouche du dedans
le troisième erre toujours, et par monts et par vaux j’imagine, puisqu’on le dit comme ça, de même une mouche qui se ressemble s’assemble
mais pas lui
.
je ne suis moi-même qu’abandonné, reflet vers lequel se tourne l’absence d’un visage
je n’irai cependant pas cracher sur le corps de la mère, ni m’essuyer les pieds sur l’ombre de ce père – j’irai me promener, happant les messages troublés du soir qui
s’affaisse. il faut qu’il fasse beau demain, un jour après ma mort…
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c’est un peu grave ça, en arriver au point qu’un moindre geste de tendresse me ferait grimper les larmes jusqu’au trop-plein des yeux, grincer le souffle dans les sept trous de vivre
alors que jamais je ne mens davantage que lorsque je suis sincère, avec un ulcère planté là, en guise et à la place de l’âme,
quant à elle transplantée ailleurs, carrément tout ailleurs, là où personne sans doute
ne l’avait appelée…

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