la pluie se serre contre la pluie, on n’en crève pas non plus
simplement on pourrit, la mémoire occupe de plus en plus l’espace de l’oubli et ça fait mal, nulle part, c’est à dire là où ça fait vraiment mal
on vit pour rien – c’est encore la manière la plus dense qu’on ait de vivre, mon p’tit creux…
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la pluie se cache derrière la pluie – il n’y avait pas de camélias ici avant
avant il y avait les tourbières, les usines aux trois-huit, et à boire tant qu’on peut. avant il y avait l’amour qui jouait son p’tit cul à la table tournante du hasard…
on vivait bien en fait – simplement on n’existait pas
: n’existaient que les morts
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je n’ai plus de haine, je n’ai plus de haine vraiment
sans doute par lassitude, sans doute parce qu’ils ont fini par me laisser tranquille, me lâcher la grappe, desserrer le poing de sus mes testicules
je n’ai plus de haine parce que la haine épuise et crame trop d’énergie, et je ne veux pas d’énergie
je veux juste un ciel au-dessus de ma tête, bleu gris ou noir peu m’importe, juste un ciel en pleine tête, une tête d’évadé
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le mercredi matin passent les poubelles, il fait jour
il fait jour et déambule la mémoire, raccommode les poches
je voudrais avoir peur, avoir peur afin de déborder de la mémoire, être autre chose à moi-même que le souvenir de moi-même
et tout ce qui s’ensuit…
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pluie par pitié oh pluie, tombe s’il te plaît
sur ma tête de plouc et le cours de vincennes, quand rien ne chemine dans les veines que le chant bouche ronde, cul de poule
d’un deuil sans fin, ni lendemain…
alors j’attends, là, depuis tout ce temps-là, assis là sur ce banc, j’attends, là
rien – j’attends…

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