je ne savais rester, il me fallait sans cesse naviguer
jusqu’au jour où les rames se noyèrent dans le courant (les y avais-je jetées?), alors que recoudre les voiles eut exigé un travail fastidieux (qui d’ailleurs me disait que se lèverait le vent?)
il ne reste donc rien – pas même la main de sortir un mouchoir…
.
je vais dans le vide, à peu près dans le vide. c’est à dire sans qu’un sol ne me soutienne, sans qu’une chute ne m’aspire – sans même les pas d’aller, où que ce soit
la sensation d’une réalité englobant tout et son contraire pour une fois me traverse. je me saisis à travers cette sensation-là: le monde, l’âme, dieu et le néant me paraissent tout à coup familiers. et me parlent un langage continu
.
une haie de lumière, toujours au cordeau de la désolation
j’aurais voulu mais je ne sais pas, m’asseoir sur ce rocher, ce banc de pierre ce tabouret
d’où semblent s’envoler le vent
et les regards volés…

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