j’errais de ville en ville j’errais, de campagne en campagne

  je suis née deux fois, dont une sans le dire à personne
  les clous à travers les artères remontent jusqu’au cœur
  paisiblement, au cœur rouillé

  .

  elles m’abandonnent, telles des chaînes qui tombent dès qu’on les embrasse, ou des forces qu’on n’a jamais vraiment eues
  elles m’abandonnent – on pourrait presque leur donner des noms de filles, dont on s’embrouille à interpréter le moindre geste
  je suis seule à présent
  seule à l’instant

  .

  je le perçois, de ma troisième oreille je le perçois
  ce n’est pas tout à fait le silence: quelque chose au fond du silence, comme un coup de marteau sans masse
  cela semble produire la nuit, ou alors en provenir
  – le cœur-absent de la nuit même…

  .

  j’ai tourné les talons et j’ai marché vers le mur d’en face, vers le mur de dos
  j’ai traversé le mur
  j’ai traversé le dos
  je me suis retrouvée de l’autre côté de la nuit
  c’était un peu avant le jour – il était temps de renoncer, ne plus venir de rien

  .

  tant d’incertitude, et tant d’incertitude pour en arriver là, nulle part
  je ferme la porte derrière moi, la porte à clef – la clef je la jetterai plus tard, en pleine mer, j’enfermerai la mer dans une bouteille
  et déposerai la bouteille au pas de la porte, la porte condamnée
  j’ai rêvé avoir vécu pour rien, et j’en fus soulagé

Published by


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *