je n’y suis pour rien, rien du tout
d’ailleurs je suis mort avant vous, avant tout le monde
j’ai baissé les yeux – devant quoi? pour échapper à quoi? se retrouver seul avec quoi?
je n’y suis pour rien je te dis, j’ai eu peur le premier c’est tout
je ne sais si ce fut avant même de me reconnaître, ou de me reconnaître tout court
.
j’ai répandu l’eau
je sais que cette eau-là répandue ne séchera jamais
moi aussi je suis une flaque, une flaque hilare et dépourvue, indélébile en sa pensée
un petit poisson mort y flotte, retourné
.
une fois tout le sang évacué, l’air circule librement dans les artères
un peu plus loin tu traces une ligne entre nous devant toi et me préviens: tu ne franchiras point cette ligne
je t’en conjure, je t’en supplie
NON, tu ne passeras point
– à quoi bon réveiller le monstre qui ne dort pas?
.
je joins les mains. depuis le commencement des temps je joins les mains
elles semblent cependant ne jamais vouloir se rejoindre on dirait la distance entre elles infinie
elles sont le miroir de leur réunion
peut-être restent-elles immobiles depuis le commencement des temps, et ne volent-elles l’une vers l’autre qu’en songe
peut-être n’y eut-il jamais qu’une seule main, et ne court-elle vers soi qu’en songe
peut-être n’y a t-il point de main, et ne saisis-je qu’un songe…
je joins les mains. depuis le commencement des temps je fais le geste
de joindre les mains
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