la lampe est morte

  on ne voit pas de dos, on ne voit pas de folie
  l’homme n’écoute pas l’homme, l’homme tord la bouche de l’homme
  avec ses doigts gras, ses ongles crades, son sale dégoût, il lui tord la bouche

  la lampe est morte, tu vas nu-pieds
  la lampe est morte – plus luisante, plus brillante la lampe morte
  d’un haut-fourneau le siècle s’évapore, les chairs s’évaporent
  les souvenirs aussi

  il ne se souvient
  de rien
  on a beau lui rappeler, lui parler d’autrefois, et même lui montrer des photos – lui ne se souvient
  de rien

  il erre à présent
  il erre hors-présent
  il erre en soi, là où soi-même ne l’atteint ps
  nul ne l’attend, ni de ce côté-ci de la barrière
  ni de ce côté-là de la barrière

  le fleuve est mort, et la lampe également
  seul remue encore son reflet sur le sol, poulpe à l’agonie
  la porte est morte, qui n’ouvre plus sur rien
  qui n’ouvre plus du tout

  autrefois tu mourais
  sous n’importe quel prétexte tu mourais
  la mort s’est rassasiée, puis t’a laissé tomber
  il ne reste plus grand chose de toi, tu ne la mérites pas

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