jour de marché à l’aigle

  j’ai découvert aujourd’hui, tout au fond de mon crâne, que je ne suis rien
  qu »il suffisait de quelques sous pour se saouler la gueule à peu près proprement
  et que personne jamais ne me fera croire, que personne par ailleurs ne me fera douter
  – ainsi coulait, coulait la risle…

  .

  j’habite là-bas. enfin, on peut dire ça comme ça. on peut dire ça comme on veut après tout…
  j’habite nulle part, j’habite là où quelqu’un me pardonne de n’être rien
  il n’y a pas de matière pour nous il n’y a pas de fosse: même s’aimer ne nous sauverait de rien

  .

  on s’aime bien quand même: c’est jour de marché à l’aigle
  tout étranger sera beau, qui me pardonnera d’aimer, de nier, ne serait-ce que muettement, ou par inadvertance, ou parce qu’il n’y peut rien
  qui me pardonnera quoi que ce soit en fait – qui me pardonnera d’être, simplement d’être

  .

  vivre un peu, comme ça, par milliers
  j’aimais les gens qui passaient, qu’une pluie effaçait
  tu me mens d’un seul geste, un seul
  et d’un seul tu me claques des doigts, des dents, de tes tout petits doigts – on verra
  la pluie absorbe la pluie, ça pénètre dans l’homme et tout finit par beugler
  par s’enivrer, faute de mieux
  faute de soi, sans doute
  faute de toi, peut-être…

  .

  ça se ressemble tellement, vivre et feindre
  et ne pas feindre ressemble tellement à rien aussi
  je te fuck quelque part, et c’est dans ton amour pur
  j’ai honte de me sentir si léger quelques fois, honte qu’existe de la légèreté
  et pourtant je ne peux m’empêcher
  d’écarter juste un peu les bras…

  .

  mort, mort qui vive ou la mort
  qui vive maintenant
  maintenant je suis mort, vaste plaine
  magyare, gelée, j’ai le souvenir
  mais souvenir soit ta mort:
  sans cesse, ressuscite…

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