terre natale

  j’aime boire. j’aime boire le soir quand il s’agit d’échapper au dilemme se posant à toute conscience passablement humaine. j’aime l’illusion quand elle est la seule issue restante à l’impasse de vivre, et que mêlant l’être au non-être elle permet sans insolence tous les voyages avortés dans l’instant. seul l’amour ressuscite, prétends-tu, comme s’il nous fallait encore une loi…

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  je n’y connais rien tu sais – j’ai grandi dans le nord et je n’y voyais goutte. les ouvriers soumis, l’amour qui dépassait de la couverture, ils ont construit une piscine à la place du champ de maïs!  et puis il y eut la mort, une plante poussait grassement au salon, se répandait sur les murs, débordait au plafond, et mangeait la télé

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  je me suis tiré une balle dans la tête. tout mon esprit s’est concentré dans le trou et a suivi la balle, à la trajectoire impeccable d’un charter dans un ciel sans vent. mon père m’a montré dans un mur un impact de balle tirée par mesrine, un de ses héros, face au café de quartier où il avait son ardoise. mon père était un pauvre et adorable mythomane. c’est tout ce que j’ai pu savoir de lui – ou du moins le meilleur

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  le rêve s’effondre. il y a quelque chose de beau à voir un rêve s’effondrer. quelque chose d’infiniment paisible sur l’écran dans la ligne obstinément droite du cardiogramme. d’un autre côté on ne pardonne pas à un homme d’avoir renoncé à soi-même pour la liberté d’être n’importe quoi, qui s’enflamme dès qu’on y touche, un pyromane faisant feu de tout bois. que j’aime vivre, mon âme, mon soldat inconnu, dans l’ignorance altière…

terre natale

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