j’habite un homme
chaque matin je me pare de soi, j’accumule un destin
quand il ne reste rien à manger, je souhaite qu’il pleuve encore
.
il n’y a pas d’homme en soi, pas assez d’abstraction non plus
je viens souvent le dimanche par ici – les autres jours aussi probablement
j’attends qu’il sonne minuit, puis je vais me coucher
.
il est juste de n’entendre personne, rien que les voix indistinctes et le tintement hypnotique des cuillers à café
il est bon de ne plus s’écouter, et de noyer son ombre dans une ombre
plus longue
.
je m’étire, et je m’étire encore
jusqu’à la frontière allemande au moins, et même un peu plus loin
je ne me soucie pas de l’homme, mais le réseau routier fait surgir le paysage, le débusque, le structure tant au niveau physique
qu’au niveau symbolique
ce sont comme qui dirait… des lignes de fuite
.
quand tous seront morts, qui donc s’occupera
du tout petit enfant?
où donc finalement
l’abandonnerons-nous?
tout ça (depuis la triste nuit des temps) pour en arriver où,
concrètement?
.
plus je rétrécis mes trajets, plus vaste se fait le monde
l’infinité prend son essor dans l’immobilité, extrapolerons-nous
tant qu’il reste à manger, je crois
.
je ne rentre plus chez moi
j’erre dehors dans le froid, je vais nulle part – tapis roulant du temps, des rues
je tiens quelque chose dans la main, quelque chose d’important
qui me tire au-devant, parce qu’en-dedans est au-devant
.
je ne rentre plus chez moi
la fuite ultime doit me mener au cœur des choses
c’est inscrit dans le manuel
que je lis à l’envers
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