chemin sale, étoile creuse

  comment vivre sans miroir, comme une bête?
  comment vivre sous la pluie sans parapluie?
  comment vivre en comptant jusqu’à zéro, les doigts coupés, la langue pâteuse?
  comment vivre de toute façon, n’importe comment et sans nulle raison, juste en fredonnant sa p’tite chanson:
                virevolte, ‘chus là
                 virevolte, ‘chus pu là
                 ‘chus nulle part
                 ‘chus parti
                 gone
                 vanished…

  .

  l’homme sans nom simplement s’est perdu
  ou du moins se serait perdu s’il restait un espace où se perdre
  mais entre seize et dix-sept heures, le monde semble se rétrécir, les odeurs se concentrent
  les mains à plat je ne sais où, disons sur les genoux, j’ai beau m’efforcer rien ne décolle, aucune chance
  n’est laissée au hasard

  .

  il y a des pays où le présent est absolu, et vous brûle la pupille d’un fanatisme cru
  d’autres où l’absence s’étale, traîne en abstraits murmures sur des côtes d’opale…
  il est des pays où le stop marche mal, d’autres qu’on traverse si vite qu’on n’a pas le temps de rattraper la main qui se tend à l’improviste
  errer sert aussi à ça peut-être: frôler tout ce qu’on rate, passer juste à côté de soi…

  .

  les enfants vivent sur le versant-dieu – on ne leur fera pas de mal
  à l’ubac, quelques poiriers de plein champ s’agrippent désespérément de leurs branches torses à un air rare et malingre
  fils d’un chien, je jappe quand je veux, et quand je veux je meurs

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