ma fille s’appelle perséphone, et je gratte encore un peu la terre tous les dix pas
c’est bientôt la fin de nous p’tit père – la fin triste de nous
tu riais je riais, on se prêtait la corde, faisait rouler les dés
et le sort retombait, quoi qu’en disent les dés, toujours du même côté…
.
la joie c’est sans arrêt, sans arrêt c’est la joie – même si c’est pas vraiment ça la joie, au fond
j’ai renversé le vin, renversé j’ai le vin – qu’est-ce donc qui m’encombre, la joie sous les décombres
je veux bien remourir
.
j’ai marché, si longtemps j’ai marché – pas pour aller quelque part évidemment, mais pour ne plus être nulle part
ce pouvait donc être n’importe où
c’est comme en rêve – tu soulèves un peu les oreilles et tu te dis, c’est comme en rêve
ou peut-être pire encore
alors tu te demandes: c’est quoi, pire qu’en rêve?
.
pour le poème, c’est mort. tu ne pardonneras pas d’avoir inventé tout cela, même et surtout si ça faisait mal
on dort mal. y a que les bêtes pour dormir convenablement. nous on dort mal
et puis on croit pas au destin. on tourne autour on tourne en rond, on l’épie on le cherche – mais on croit pas au destin
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comment un être pourrait-il aimer sans se renier soi-même, sans même renoncer à cela auquel tout entier il aspire?
constitués d’habitudes, on s’habitue à rien: le café du matin, l’érection au réveil, le dos de la cuiller…
j’ai peur de la mer tu sais, tu sais bien que j’ai peur de la mer
alors ramène-moi je t’en supplie, ramène-moi sur le rivage emmène-moi
loin de la mer
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où l’on peut se permettre le pire: soi, sans mentir
on rêverait qu’on s’aime, si seulement on rêvait…
ou alors autre chose: un pont sur la drina, la fiole dans le tiroir
je me tuerais de toute façon – tu me dirais prends-moi, et moi je me tuerais
de toute façon
tu ne ferais même plus semblant de me croire, dieu te garde
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