allez viens, on s’en va

  j’avais suivi un faon. je ne sais pas si je suis devenu l’herbe qu’il mange ou le bois sur son crâne,
  ou si son odeur encore prend forme en ma mémoire…

  tourner en rond sur soi creuse l’espace où sombrer

  les majorettes, qui tue les majorettes?
  elles tombent dans mon rêve, les majorettes
  – et mon rêve les détrousse

  je suis parti loin d’ici ou de toi: se perdre ouvrait les espaces vierges

  il y a ces choses si vraies qu’on n’oserait les dire. il y a ces choses si vraies qu’on n’a pas le poumon d’en mourir…

  je suis là
  comme un ballon laissé vide dans la cour du centre aéré
  avec la peur au ventre que n’importe quel sale gosse se souvienne de moi

  j’ai semé le vent. j’ai récolté le vent. je m’en vais maintenant me reposer

  j’ignorais que c’était dieu. je croyais qu’il s’agissait juste d’une caissière assise derrière ce bout de tapis roulant, faisant semblant de sourire en s’enquérant de ma carte de fidélité…

  je monte sur tes épaules. pour voir le paysage; ne pas toucher le sol. que je dois être lourd…

  je l’ai déclouté. soigné les plaies, appliqué un baume cicatrisant. humecté les lèvres. peut-être pleuré un peu…
  – voilà tous mes péchés

  il faut de grosses bottes, de grosses rames et un cœur très lourd pour traverser l’hiver
  – à moins qu’il ne se mette à neiger…

  je n’arrive pas à croire au néant. on dirait qu’il n’est là que pour que je n’arrive pas à croire en quoi que ce soit d’autre

  toute la pureté de la vie, je l’ai comprise
  puis je suis allée me noyer

  allez viens on s’en va
  on s’en va de toute façon
 

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